Grand-angle, flash et ciel menaçant : comment Redouane a imposé son regard sur l'activation Geely E2
Par Toshiro Mpika5 min de lecture
Un ciel instable, une lumière difficile et un ultra grand-angle qui aurait pu sembler risqué pour du portrait. Lors du lancement parisien de la Geely E2, Redouane a fait de ces contraintes une direction artistique. Ses images ont finalement été remarquées jusqu'à être reprises par Geely.

Quand le « mauvais temps » devient une partie de l'image
En photographie événementielle, la météo fait partie des rares paramètres sur lesquels une équipe de production n'a pratiquement aucun contrôle.
Ce jour-là, au pied de la Tour Eiffel, le ciel était particulièrement changeant.
De larges masses nuageuses alternaient avec des ouvertures de ciel bleu et une lumière naturelle parfois difficile à anticiper.
La réaction instinctive aurait pu être de chercher à neutraliser ces conditions.
Redouane a fait exactement l'inverse.
Il les a intégrées à ses compositions.
Sur plusieurs photographies, le ciel occupe volontairement une immense partie du cadre. Les nuages ne sont plus un problème à éviter : ils deviennent un élément graphique.
Et face à eux, le flash vient créer une lumière presque artificielle sur les visages.
C'est cette opposition qui donne aux images une grande partie de leur caractère.

Le flash en plein jour : ne pas corriger la lumière, mais l'imposer
C'est probablement le choix technique le plus important de la série.
Le flash n'est pas utilisé discrètement pour simplement déboucher une ombre.
On voit le flash. Et c'est précisément l'intérêt.
Le sujet est fortement éclairé alors que l'environnement conserve une exposition plus dramatique.
Résultat : les peaux ressortent immédiatement, les vêtements blancs deviennent extrêmement présents et le ciel gagne visuellement en densité.
Sur certaines surfaces brillantes — carrosserie, lunettes, vitres — apparaissent également des réflexions très franches.
Ce rendu donne quelque chose qui se rapproche davantage de la photographie fashion éditoriale que du reportage automobile traditionnel.
Et surtout, cette lumière sépare immédiatement le talent de son environnement.
Regardez cette image.
La personne est éclairée frontalement.
Derrière elle : une voiture, un ciel chargé et la Tour Eiffel.
Trois niveaux de lecture qui auraient facilement pu se mélanger avec une lumière naturelle uniforme.
Le flash crée la séparation.

Le grand-angle pour exagérer l'environnement
Sur plusieurs images, Redouane travaille entre environ 13 et 20 mm.
À ces focales, la perspective change radicalement.
Regardez la photographie réalisée depuis la fenêtre de la Geely E2 : le visage occupe le premier plan, la voiture structure la partie inférieure de l'image et la Tour Eiffel semble surgir derrière le modèle jusqu'au sommet du cadre.
Sur une focale classique de portrait, cette photographie n'existerait tout simplement pas de cette manière.
Même logique avec le portrait réalisé depuis la portière : la Tour Eiffel devient immense tandis que le modèle et la voiture restent extrêmement proches de l'objectif.
Le grand-angle ne sert donc pas uniquement à « faire rentrer la Tour Eiffel dans l'image ».
Il crée volontairement une distorsion de perspective.
Les éléments proches deviennent imposants.
Les lignes de la voiture s'étirent.
Le ciel prend de l'ampleur.
L'environnement devient presque aussi important que le sujet.
C'est précisément ce qui donne aux photographies leur caractère immédiatement identifiable.



Photographier une voiture… sans faire de photographie automobile
Et c'est là que le travail devient particulièrement pertinent pour Geely.
Ces images ne ressemblent pas vraiment à des photographies automobiles traditionnelles.
La voiture n'est pas systématiquement le sujet principal.
Elle devient :
un décor,
une ligne graphique,
un siège,
une fenêtre,
un cadre dans le cadre.
Sur une photographie, le modèle sort du véhicule.
Sur une autre, il s'assoit dans le coffre.
Ailleurs, le visage apparaît à travers la fenêtre.
Et pourtant, la Geely E2 reste identifiable dans pratiquement chaque composition.
C'est très cohérent avec le positionnement lifestyle choisi par la marque pour son activation parisienne.
On ne montre plus seulement :
« Voici notre voiture. »
On montre :
« Voici l'univers dans lequel notre voiture pourrait exister. »
Notre rôle n'est pas de fabriquer des clones
Et de mon point de vue de dirigeant de Talaref, cette série confirme quelque chose auquel je tiens particulièrement.
Lorsque nous sommes arrivés sur cette prestation à six photographes, l'objectif n'était pas que chacun reproduise exactement la même image.
Au contraire.
Pourquoi envoyer six photographes si nous voulons six fois le même regard ?
Redouane a utilisé son matériel, sa focale et les conditions présentes pour proposer quelque chose qui lui appartenait.
Il aurait pu jouer la sécurité.
Il ne l'a pas fait.
Et le marché lui a immédiatement envoyé un signal : son regard intéressait.
Pour une agence qui souhaite donner leur chance à de jeunes créatifs sur des productions et activations internationales, c'est probablement l'un des résultats les plus importants.
Pas uniquement obtenir une belle livraison client.
Mais permettre à quelqu'un de commencer à être identifié pour sa manière de photographier.
La technique n'est intéressante que lorsqu'elle devient un langage
On pourrait résumer ces photographies à une recette :
13–20 mm.
Flash.
Sous-exposition relative de l'ambiance.
Contre-plongée.
Tour Eiffel.
Nuages.
Mais reproduire ces paramètres ne reproduirait pas nécessairement ces photographies.
Parce que le véritable choix était ailleurs.
Redouane a compris que les conditions qu'il avait devant lui pouvaient devenir une esthétique.
Le grand-angle lui a permis d'exagérer l'espace.
Le flash lui a permis de détacher les sujets.
La météo lui a donné de la matière.
Paris lui a fourni son décor.
Et la Geely E2 est devenue le fil conducteur de l'ensemble.
La technique n'était finalement qu'un moyen de transformer tout cela en regard.
Et c'est peut-être la meilleure définition d'une photographie réussie.
Photographies : Redouane / Talaref
Reportage & analyse : Talaref Media
Commentaires (0)
Rejoignez la discussion avec votre pseudonyme de membre.
Chargement des réactions...
