Africa Next Awards : aux Folies Bergère, l’excellence africaine veut reprendre le contrôle de son récit
Par Toshiro Mpika6 min de lecture
Pour sa première édition, Africa Next Awards a réuni à Paris des personnalités venues de l’Afrique et de sa diaspora. Derrière les trophées et le prestige des Folies Bergère, son fondateur Ange Diby défend une ambition plus profonde : connecter celles et ceux qui construisent le continent et donner de la visibilité à des parcours qui restent encore trop souvent sous les radars.
Ce soir-là, les lumières des Folies Bergère ne sont pas braquées sur une première de cinéma ou un spectacle musical.
Elles sont tournées vers l'Afrique.
Pour sa toute première édition, Africa Next Awards choisit l'une des scènes historiques de Paris avec une ambition annoncée : faire de l'excellence africaine non seulement quelque chose que l'on célèbre, mais quelque chose que l'on montre.
L'événement annonce 100 lauréats, issus de 35 pays, répartis entre plusieurs univers allant de l'innovation au sport, en passant par la culture, l'impact social, le leadership et la diaspora.
Mais derrière les chiffres et les trophées se trouve une question beaucoup plus intéressante :
Pourquoi fallait-il créer une cérémonie supplémentaire ?

« On a tellement de fils et de filles qui font tellement pour l'Afrique »
La réponse apparaît dans les mots de son fondateur, Ange Diby, lors de son intervention sur scène.
Il explique avoir voulu créer une cérémonie capable de connecter des Africains du nord au sud et d'est en ouest. Surtout, il pose un constat : de nombreuses femmes et de nombreux hommes accomplissent énormément pour le continent tout en bénéficiant de très peu de visibilité. Africa Next Awards veut précisément tenter de combler ce manque.
C'est probablement là que l'événement devient plus intéressant qu'une simple remise de prix.
Car le problème de l'Afrique n'est pas nécessairement l'absence de talents.
C'est aussi leur visibilité.
Entrepreneurs, artistes, sportifs, scientifiques, acteurs du développement, responsables institutionnels, créateurs ou membres de la diaspora existent déjà.
La question est de savoir qui raconte leurs histoires, qui crée les connexions entre eux et quelles scènes leur sont offertes.
Une première édition pensée comme un point de départ
Ange Diby insiste d'ailleurs sur ce point.
« On veut prôner l'excellence. »
Et il présente cette première cérémonie comme le début d'une histoire appelée à se poursuivre.
Le site officiel reprend cette ambition avec une formule : « Une cérémonie. Un label. Un mouvement. » L'organisation veut installer un rendez-vous durable autour de la reconnaissance de personnalités et projets participant au développement et au rayonnement du continent.
Ce positionnement est important.
Parce que si Africa Next Awards veut durer, le trophée ne peut pas être la finalité.
La véritable valeur sera dans ce qui se passe entre deux éditions : les rencontres, les collaborations, la visibilité médiatique et les opportunités créées autour des personnes distinguées.
Et Ange Diby semble lui-même en avoir conscience.
Lors de son discours, il demande que le trophée devienne un engagement pour ceux qui le reçoivent, et non l'aboutissement de leur parcours.
De Denise Epoté à Olivia Yacé : plusieurs générations d'influence africaine
C'est également ce qui rend la sélection des personnalités intéressante.
Pendant cette première édition, nous avons notamment pu recueillir les prises de parole de Denise Epoté, Flora Coquerel, Stéphane Tiki et Aline Etokabeka.
Des profils extrêmement différents.
Journalisme.
Engagement.
Entrepreneuriat.
Influence.
Diaspora.
Transmission.
Et cette diversité correspond à la volonté affichée par Africa Next Awards : ne pas réduire le rayonnement africain à une seule industrie.
L'événement distingue plusieurs univers couvrant notamment le leadership économique, l'innovation et la technologie, la culture et la créativité, l'impact social, la diaspora, le leadership féminin, le sport et la jeunesse.
Parmi les moments symboliques de cette première édition figurait également la distinction d'Olivia Yacé, dont le trophée a été récupéré sur scène par sa mère en son absence.
Et derrière ces différentes générations apparaît une même idée :
le rayonnement africain ne se construit pas depuis un seul endroit.
Il se construit sur le continent, mais également dans ses diasporas.
Flora Coquerel aux African Next Awards
Vidéo 1 de 4Extrait vidéo Talaref
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Récompenser, mais surtout connecter
C'est probablement le mot qui revient le plus fortement dans le discours d'Ange Diby :
connexion.
Il évoque la volonté de construire des connexions entre Africains et de faire émerger un ensemble de décideurs africains capables d'œuvrer pour les peuples et les nations.
C'est ambitieux.
Et il faudra maintenant observer ce que cette ambition produit concrètement.
Parce qu'une cérémonie peut réunir cent personnalités pendant quelques heures.
Construire un réseau qui continue d'exister lorsque les lumières s'éteignent est beaucoup plus difficile.
C'est là que commencera réellement le test pour Africa Next Awards.
Le projet prévoit déjà une édition 2027, avec la possibilité de candidater ou de proposer de nouveaux talents.
Mettre en lumière pour inspirer la jeunesse
Pour Talaref Media, cette première édition avait une résonance particulière.
Nous étions présents pour documenter la soirée, produire des images et recueillir les témoignages de plusieurs personnalités.
Mais au-delà de notre travail de média, il y avait quelque chose de plus personnel.
En tant que jeune Africain, voir autant de parcours, de générations et de nationalités réunis autour d'une même ambition donne confiance en ce que nous sommes capables de construire collectivement.
Des événements comme les Africa Next Awards, mais aussi des réseaux comme l’African Business Club (ABC), dont je fais partie, ou le Club Efficience, participent à créer des espaces où entrepreneurs, décideurs, artistes, talents et membres de la diaspora peuvent se rencontrer.
Et c'est peut-être là que se trouve le véritable enjeu.
Se réunir est une première étape.
Transformer ces connexions en solutions concrètes pour le continent doit être la suivante.
Des entreprises créées.
Des emplois.
Des investissements.
Des projets culturels.
Des initiatives éducatives.
Des infrastructures.
Des collaborations entre pays.
Des opportunités transmises à la génération suivante.
C'est ce que nous espérons voir naître de ce type de réseaux et d'événements.
Et si ces projets prennent vie, nous voulons être là pour les documenter.
Parce que l'image n'est pas uniquement esthétique.
Elle conserve une trace. Elle donne de la visibilité. Elle permet à une initiative locale de traverser une frontière et à une réussite individuelle d'inspirer des milliers d'autres personnes.
Dans une époque où une grande partie de ce que nous connaissons du monde passe par un écran, maîtriser son image, c'est aussi participer à la maîtrise de son récit.
L'Afrique n'a pas besoin que l'on invente ses réussites.
Elles existent déjà.
Notre travail consiste aussi à braquer la lumière dessus.
C'est pourquoi nous avons choisi de ne pas résumer cette soirée à quelques photographies. Les entretiens réalisés avec Denise Epoté, Flora Coquerel, Stéphane Tiki et Aline Etokabeka seront publiés individuellement dans notre série consacrée aux Africa Next Awards.
Parce qu'un trophée raconte un résultat.
Une conversation raconte le chemin qui a permis d'y arriver.
Et une image peut permettre à ce chemin d'être vu bien au-delà de la salle où il a commencé.
Une première pierre
Il serait prématuré, après une seule édition, de présenter Africa Next Awards comme une institution installée.
Une première édition doit maintenant devenir une deuxième, puis une troisième. Le réseau annoncé doit produire des connexions réelles. Le label doit acquérir sa crédibilité avec le temps.
Mais le point de départ est clair.
Le 3 septembre 2026, aux Folies Bergère, l'ambition n'était pas seulement de distribuer des trophées.
Elle était de dire que certains parcours africains qui restent encore trop peu visibles méritent leur scène, leurs images et leur récit.
Et peut-être que le passage le plus important du discours d'Ange Diby n'était finalement pas celui consacré aux récompenses.
C'était celui consacré à ce qui viendra après.
Car comme il l'explique à travers un proverbe ivoirien, ce qui est entrepris aujourd'hui n'est pas nécessairement destiné à porter ses fruits demain, mais « après et après-demain ».
Pour une première édition, c'est probablement la meilleure manière de considérer la suite.
Africa Next Awards vient de poser sa première pierre.
À elle maintenant de construire ce qui doit venir autour.
TALAREF MEDIA — AGORA
La conversation continue.
Site officiel des Africa Next Awards
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